Cahier du pavé n°3 - Les récits de vie

Scop Le pavé

Parution 2014
Format Brochure agrafée pliée de 92 pages
ISBN
Télécharger le cahier en intégralité (PDF)
9,00€

La Scop Le pavé (2007 à 2014), puis La trouvaille et Le contrepied ont œuvré à réactualiser et réengager dans le politique le champ de l'éducation populaire. Nous lui devons de nombreuses pratiques comme les conférences gesticulées et la propagation d'outils comme le porteur de parole, Petite histoire - grande Histoire, les débats mouvants, etc. Le pavé s'est fait éditeur de DVD pédagogiques, de conférences gesticulées et de trois cahiers. Ce sont ces derniers que nous nous sommes engagés à transmettre et faire exister au-delà de l'arrêt de ces structures.

Édito du n°3

Apprendre de nos histoires… Quelle drôle d’idée ! Prendre le temps de se raconter, de se dire d’où l’on vient , ce qui nous a construits, comment nos valeurs nous ont été transmises, comment elles se sont transformées au gré de nos histoires familiales, de rencontres, de lectures, d’émotions politiques, d’évènements historiques…

Découvrir les gens à partir de leurs parcours, leurs voyages, leurs amours et leurs deuils… tout ce qui a pu les fonder intimement. Se raconter, comparer nos places lors de grands évènements et comprendre que, petites poussières, nous les avons vécu, nous y étions tous ensemble. Aller jusqu’à ne plus connaître, nier les étiquettes, les a priori du « qu’est ce que tu fais dans la vie », et ne s’en sentir que
mieu x, plus riches. Partir de son petit sentier, puis se reconnaitre comme faisant
partie de l’aventure humaine… Se demander comment construire du collectif avec tout ça, comment nous confronter avec tout ce que nous sommes, y compris nos émotions, nos affects… Se dire nos colères pour fabriquer de l’action collective sans nier nos désaccords.

À l’origine de la Scop Le Pavé, il y a cette démarche de se raconter, de se donner le temps de relire nos histoires de vie, de stopper la machine infernale de l’action pour réfléchir à ce que nous sommes et d’où vient ce que nous faisons. Et ça a duré trois ans… Trois ans à s’interviewer, à décortiquer nos trajectoires, à identifier nos victoires et nos petites lâchetés, à comprendre où se logeaient nos résistances et ce qui nous
empêchait d’agir davantage… Et la relecture collective de nos cursus fut incroyable !

Une impression très forte de similitudes se dégageaient, de nouveaux points communs dans cette grande fresque de vies professionnelles et personnelles, les mêmes envies de faire bouger les choses, les mêmes impasses institutionnelles,
les mêmes contradictions générées par les financements par dispositifs, les mêmes difficultés à construire des alliances, la même absence d’une dimension d’éducation populaire politique assumée dans nos boulots respectifs… À un ou deux, ça fait des ressemblances, à dix issus de structures n’ayant rien en commun, ça fait système…

Notre ras-le-bol ou notre déprime ne reposait pas sur des volontés individuelles, mais sur la défaillance d’un système… Quelle prise de conscience ! C’est cela qui a permis la lecture collective, critique et politique de nos trajectoires et qui nous a donné envie de nous attaquer au système. Alors, logique que ça nous semble important de réinjecter ça dans nos pratiques de formateurs !

Qu’avons-nous fait de ce qu’on a fait de nous ? Qu’arrivons-nous à infléchir de nos parcours ? Qu’est-ce qui a fabriqué nos engagements ? Ce cahier no3 du Pavé se pose ces questions et tente de réinterroger cette pratique des récits de vie que nous aimons tout particulièrement. Parce que si nous ne sommes pas tous à égalité de discours sur tel ou tel sujet , tous, nous avons à raconter des choses sur le sujet…
Il se trouve que notre usage de l’autobiographie dans la parole politique n’est pas isolé. Nous ne sommes pas les seuls à utiliser ce pouvoir de la narration.

Certains se demandent d’ailleurs s’il s’agit d’un nouveau tournant dans les sciences sociales. Dans le livre Storytelling (technique apparue aux États-Unis dans les années 1990), Christian Salmon expose comment cet art de raconter des histoires est devenu une arme du marketing, du management et de la communication
politique, au détriment des arguments théoriques et/ou logiques.

Raison de plus pour nous :

  • de préciser dans quelle intention nous pratiquons ces exercices de récits de vie,
  • d’en décrire finement les conditions,
  • de soulever des questions que cela nous pose,
  • et de partager les effets que nous en percevons.

On a choisi de faire appel à des auteur-e-s, coopérateurs/trices du Pavé ou allié-e-s,
rencontré-e-s au cours de notre action d’éducation populaire, qui ont vécu à un moment cette pratique collective de récit autobiographique. Ces points de vue croisés nous intéressent pour apprécier la pertinence de notre manière de faire du récit de vie et continuer de la faire mûrir…

« Moi je pense que ce qui est important c’est de vendre la mèche’. De permettre de voir dans les coulisses. Comment ça marche concrètement pour faire ceci ou cela, comment se construit tel ou tel parcours de vie. Tu vois ça me fait penser à ceux qui ont de bons résultats à l’école. Les profs les présentent toujours comme des travailleurs puisqu’ils ont des bonnes notes et les autres comme des fainéants. Après en grandissant tu te rends compte que y’en a, ben chez eux, les parents ils connaissent déjà le langage de l’école, les livres ils les ont déjà à la maison ou ils ont les moyens de les acheter. Et toi ça tu le sais pas quand t’es petit. » (Extrait de Le sens de l’éducation populaire aujourd’hui : dialogue imaginaire entre trois acteurs? d ’une MJC, par Saïd Bouamama, Jessy Cormont, et Yvon Fotia, 15 mars 2 0 11, p. 10).