Cahier du pavé n°1 - Le projet

Scop Le pavé

Parution 2012
Format Brochure agrafée pliée de 64 pages
ISBN
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9,00€

La Scop Le pavé (2007 à 2014), puis La trouvaille et Le contrepied ont œuvré à réactualiser et réengager dans le politique le champ de l'éducation populaire. Nous lui devons de nombreuses pratiques comme les conférences gesticulées et la propagation d'outils comme le porteur de parole, Petite histoire - grande Histoire, les débats mouvants, etc. Le pavé s'est fait éditeur de DVD pédagogiques, de conférences gesticulées et de trois cahiers. Ce sont ces derniers que nous nous sommes engagés à transmettre et faire exister au-delà de l'arrêt de ces structures.

Édito du n°1

Si vous avez ce cahier entre les mains, c’est sans doute que vous faites des projets. Nous ne parlons pas ici de projets de vacances ou autres, destinés à réaliser vos désirs dans vos sphères amoureuses, familiales, amicales ou sociales.

Nous parlons bien de projets professionnels, c’est-à-dire de dossiers ou de fiches présentant à l’avance (et souvent trop en avance...) vos objectifs vis-à-vis d’une action, le déroulement de cette action (et donc sa fin avant même qu’elle n’ait débutée) et des critères pour évaluer votre travail.

Cette manière de soumettre a priori notre travail à sa hiérarchie (sans quoi nous n’avons pas de moyens, notamment financiers, pour travailler) est relativement neuve. Un regard extérieur pourrait trouver que c’est justement le rôle de la hiérarchie que de défendre le travail de ses subordonnés. Que ces subordonnés doivent réaliser ce travail et non le justifier.

Serait-ce donc incompatible que de faire un travail et de le justifier ? Ça dépend du temps pris à le justifier et de la méthode utilisée pour le justifier (c’est-à-dire la méthodologie de projet). Et c’est là que nous sommes en colère.

D’abord quelques questions : Combien de projets faites-vous par an ? Ce nombre va-t-il en augmentant ? Quel pourcentage de votre temps de travail est utilisé à rédiger ces projets et leurs bilans ? Quel temps de travail est utilisé en réunions partenariales (c’est-à-dire avec les financeurs, donc souvent des pouvoirs publics, prenant ainsi le rôle d’employeurs des associations) pour leur soumettre a priori le travail que l’on souhaite faire ? Quelle énergie consacrée pour faire malgré tout ce qui nous semble bon de faire mais qu’il est difficile de défendre auprès de ses financeurs ? Quelle part d’auto-censure y-a-t-il dans cette démarche, passant de ce que l’on souhaite faire à ce qu’il est possible d’obtenir de la part des financeurs ?

Nous pensons que de travailler par projets dénature, dépolitise, ou plus simplement détruit le sens de nombreux métiers, et notamment, ceux qui nous intéressent particulièrement au Pavé et qui servent, ou plutôt devraient servir, à faire vivre les idées et les pratiques de l’éducation populaire.

L’idéologie du projet est tellement chargée positivement qu’il est très agressif pour de nombreux professionnels qui y sont soumis, de gré ou de force, de la remettre en cause, et a fortiori de la combattre. Pire encore, elle est tellement positive qu’elle s’est étendue bien au-delà de la sphère professionnelle jusque dans nos activités militantes, bénévoles ou privées.

Nous avons donc choisi d’éclaircir notre critique du projet en la mettant par écrit. En en faisant le premier numéro d’une sorte de revue dont nous ne savons pas quel sera le deuxième numéro, ni son thème, ni sa longueur, ni sa forme, ni sa date de sortie. Bref, nous n’avons pas fait de projets sur le devenir de cette revue.

Nous savons que nous avons le désir de prendre du recul sur nos pratiques, sur nos idées, de les confronter entre nous et avec celles et ceux que ça intéresse. Nous savons que la confrontation orale d’idées est plus que nécessaire en démocratie, et une bonne partie de nos contenus de formation sont fondés sur cette nécessité. Nous savons aussi combien est nécessaire le passage par l’écrit, pour prendre le temps de développer des raisonnements, d’affiner ses positions, de construire son auto-défense intellectuelle vis-à-vis d’une idéologie ravageuse et décérébrante, celle du capitalisme.

Ce cahier est constitué de textes rédigés seuls ou à plusieurs, par des coopérateurs du Pavé. Ils se répètent parfois, mais peuvent aussi se contredire. Il n’y a pas de rédacteur en chef qui tranche, coupe, fait réécrire, ou invalide des textes. Il n’y a pas de ton uniforme ni de ligne éditoriale.