Agencements n°6 – avril 2021

Recherches et pratiques sociales en expérimentation

Collectif

Parution 16/04/2021
Format Livre broché de 182 pages
ISBN 979-10-95630-40-1
12,00€

Sommaire

DÉSIRER - RECHERCHE ET INSTITUTIONS

Doctorat en question(s)

Marie-Thérèse SAVIGNY
La thèse, une étape sur mon chemin de Compostelle

Nicole BASTIDE, Pascale ANTERRIEU
À mériter sans triomphe, comment trouver la gloire ? – Titre pour un parcours sans titre

DÉCODER – RÉALITÉS CONSTRUITES, ASSIGNATIONS DÉJOUÉES

Pierre Johan LAFFITTE
Esquisse d’une esthétique du vague. L’inutile dans toute sa transcendance

Chloé BRAND’HONNEUR
Du témoignage au militantisme chez les premiers concernés - Récit d'une expérience à ATD Quart Monde

Martine BODINEAU
Les chercheurs et le problème de la réalité

RECOMPOSER – COMMUNAUTÉS LATÉRALES, EXPÉRIMENTATIONS VIVES

Olivier MARBOEUF
Ici et là-bas. Introduction à un lieu d’attention

Thomas ARNERA, Pascal NICOLAS-LE STRAT, Nicolas SIDOROFF et Louis STARITZKY
Pratiques autonomes de publication en recherche-action

Guillaume SABIN, Pierre SERVAIN
Une manière d’habiter en commun : l’expérience d’Ékoumène [Réflexions sur la diffusion des communs / 1]

Josep RAFANELL I ORRA
Pour une écologie des pratiques de soin

Édito

Désirer. Décoder. Recomposer. Entre le moment où le collectif éditorial a commencé à travailler sur ce numéro d’Agencements, fin mars 2020, et le moment de sa parution, un an s’est écoulé, pratiquement jour pour jour. Un an d’événements qui ont impacté nos quotidiens et nos collégialités, bousculé l’écologie de nos attentions ainsi que les modalités permettant d’élaborer, de partager et ré-assembler depuis nos expériences singulières. Sans avoir été pensé comme une réponse à ces contextes, le présent numéro dévoile, au fil des articles, une (re)source pour penser – inspirer – les situations auxquelles nous sommes confronté.e.s.

Désirer. C’est d’abord à partir du doctorat, des imaginaires qu’il draine autant que des situations vécues ou rapportées, que les auteur.e.s de ce dossier interrogent leur parcours de recherche, leur parcours de vie. Qui est-ce qui qualifie une recherche et en fabrique le sens, sens qui ne se révèle parfois qu’après ? Pourquoi écrire une thèse ? Pour (en) faire quoi, ensuite ? Cette aventure qui mêle quête sociale et quête intime affecte les parcours et les personnes, devient support d’expériences et de rencontres – se chercher soi-même en cherchant à comprendre le monde, devenir chercheur avec/à partir de sa propre histoire, se transformer en voulant œuvrer aux transformations des réalités sociales. L’attente voire l’exigence vive d’institutions à la mesure de ce désir, capables d’accueillir leur singularité et leur fulgurance, se trouvent parfois déçues. Ce dossier nous amène à découvrir les motifs qui trament les désirs de recherche et les trajectoires de celleux qui s’y engagent, avec ou sans le support de l’institution, et y risquent leurs certitudes. Illes y éprouvent le réel dans la confrontation à des dispositifs institutionnels qui semblent fonctionner davantage à partir d’une logique de conformation – à des méthodes, à des procédures – pour la persistance des structures établies, qu’à partir d’une logique d’appropriation, de transformation, de créativité et d’émancipation. Ainsi, même lorsqu’elle naît avec le support d’institutions comme celles de l’Université et du doctorat, la recherche a besoin de s’en affranchir, de fonctionner « en dehors » pour prendre sens différemment – comme une activité enchâssée dans la vie elle-même et son mouvement, comme une « fonction » qui équipe les collectifs en quête d’autonomie. Paradoxalement, cette manière d’être « en recherche » et de « faire de la recherche » parvient alors parfois à se relier autrement à la communauté universitaire, rejouant ses frontières et sa composition. Une institution qui déborde ses institutions, la possibilité d’un mouvement – comme une respiration.

Décoder. Ce deuxième dossier nous amène, à partir des situations éprouvées – tant expériences situées de recherche que vécu quotidien –, à porter l’attention sur nos réalités en-codées que, paradoxalement, la recherche en sciences sociales semble aspirer à dé-coder alors même qu’elles se trouvent re-codées par ses dispositifs et le regard du chercheur. Pour ce faire, il articule trois textes qui contribuent, de manière différente, à la grande question de la « construction de la réalité ». Les dispositifs, les contextes, les configurations façonnent nos perceptions, donnent à voir, à entendre, à concevoir – ils construisent des régimes de visibilité ou d’intelligibilité. Qui perçoit quoi et prête attention à qui ? Qui décide ce qui peut être vu ou perçu et par qui ? Comment parvenir à décoder nos catégories et nos cadres d’interprétation ? Nos régimes de distribution des pouvoirs et d’assignation des places ? De la dé-réalité de l’arbre du terrain vague, qu’on n’avait jamais vu alors qu’il était en plein milieu, aux personnes appelées à mettre en récit leurs témoignages et finalement reléguées à la place et au rôle de témoins, à la construction des catégories du « salir » et de « l’insécurité », ce second dossier donne à envisager les procédés par lesquels la recherche amène à percevoir différemment. Mais, il engage aussi à penser des contre-dispositifs à partir de la mise en question de ceux dont nous héritons, dans lesquels nous sommes pris·e·s et depuis la résistance desquels nous oeuvrons. Un pas de côté – comme une respiration.

Recomposer. Ce dossier vient à la fois en prolongement et s’offre comme une invitation. Une invitation à prêter et porter attention pour porter soin. À porter attention à nos lieux en se laissant affecter, en laissant affecter nos conduites, par leurs environnements, par les autres vies qui sont déjà-là. À laisser la place à ce qui déborde les lieux de la recherche afin de réinterroger ce qu’elle crée de relations et de climats. Une invitation aussi à ne pas se laisser imposer des passages, des lexiques, des fonctions, et à emprunter les chemins de traverse des langages créés à même et avec ces lieux. Une invitation à prendre le droit de faire, que l’on ne nous donne pas ou plus. S’autoriser à, plutôt que se laisser enfermer dans des logiques qui nous dépassent puisqu’elles viennent d’un « en haut », mais que nous n’entendons pas subir pour autant. Une invitation à fabriquer des villes, des villages, des localités, des lieux, mais aussi à nous délocaliser, de fragment en fragment, d’hospitalités en hospitalités à l’intérieur de ce qui devient étouffant, suffoquant. Sortir du paradigme de la propriété privée pour habiter autrement et faire vivre des communs. Porter attention aux milieux dans lesquels nos pratiques se déploient, à la fragilité des existences, à la pluralité des expériences. Constituer des communautés latérales. Proposer des formes non-institutionnelles de publication des recherches qui se jouent des formats, des supports, des modes de diffusion et des imaginaires pour une recherche qui se fait à même l’action et y contribue. Laisser les expériences collectives s’irriguer par la rencontre et la circulation horizontale entre les lieux et expérimenter à partir des logiques de coopération et de co-implication. Des collectifs, des communautés, des latéralités – comme une respiration. Bonne lecture.